Normal Isn’t, PUSCIFER

Normal Isn’t, PUSCIFER

6 février 2026 0 Par Chacha

 

La dissidence comme état d’esprit

Avec Normal Isn’t, Puscifer poursuit son entreprise de déconstruction du réel et des conventions, confirmant plus que jamais son statut d’entité à part dans la galaxie rock/metal alternative. Mené par un Maynard James Keenan toujours aussi insaisissable, le projet affine ici une esthétique où l’expérimentation sonore sert un propos lucide, souvent acerbe, sur l’époque. Normal Isn’t n’est pas un album qui cherche à rassurer : il observe, dissèque et confronte, avec une élégance froide et une ironie mordante.

 

Une genèse façonnée par l’isolement et la lucidité

Conçu dans un climat de tension sociale et de remise en question globale, Normal Isn’t s’inscrit dans la continuité conceptuelle de Existential Reckoning, tout en adoptant une approche plus frontale. Puscifer y resserre son propos, privilégiant des structures parfois plus directes, sans jamais renoncer à sa richesse texturale.
L’album semble né d’un besoin presque vital : celui de remettre en cause ce que la société érige comme norme. La production, clinique mais organique, alterne entre pulsations électroniques tendues, grooves hypnotiques et montées tribales, traduisant une humanité sous pression, oscillant entre contrôle et débordement.

Normalité déviante et regards acérés sur le monde

Thématiquement, Normal Isn’t s’attaque aux dérives collectives, à la violence sociale banalisée et à l’absurdité des systèmes dominants. Le titre “Normal Isn’t” agit comme un manifeste : ce qui est présenté comme normal ne l’est peut-être plus depuis longtemps.
Des morceaux comme “A Public Stoning” ou “Bad Wolf” dénoncent sans détour la brutalité des jugements collectifs et la chasse aux coupables permanente, tandis que “Self Evident” joue sur l’illusion des vérités prétendument universelles. À l’inverse, “The Quiet Parts” et “Pendulum” offrent des respirations plus introspectives, explorant l’équilibre fragile entre résignation et révolte intérieure.

Titres phares : tension, groove et conscience

Musicalement, Normal Isn’t brille par sa capacité à rendre l’inconfort séduisant. “Thrust” ouvre l’album avec une tension immédiate, portée par un rythme quasi martial et une basse obsédante. “Mantastic”, faussement léger, distille un groove sarcastique qui masque une critique acide des postures virilistes et des ego surdimensionnés.
“The Algorithm” (Sessanta Live Mix) clôt l’ensemble sur une note presque méta, rappelant la puissance scénique du groupe et son rapport ironique à la technologie et aux mécanismes de contrôle modernes. Chaque titre fonctionne comme une pièce d’un puzzle plus vaste, où musique et paroles s’entrelacent pour provoquer autant que faire réfléchir.

 

Avec Normal Isn’t, Puscifer livre un album dense, cohérent et résolument contemporain. Moins cryptique que certaines œuvres passées, mais tout aussi exigeant, le disque confirme la capacité du groupe à transformer le malaise ambiant en matière artistique captivante. Une œuvre qui ne cherche pas l’adhésion immédiate, mais qui s’impose par sa pertinence et sa singularité — rappelant, s’il le fallait encore, que chez Puscifer, la normalité n’a jamais été une option.