In Verses, KARNIVOOL
6 février 2026 0 Par Chacha
Une introspection progressive sous haute tension
Avec In Verses, Karnivool poursuit son exploration des territoires progressifs où le metal se fait introspectif, presque méditatif, sans jamais renier sa puissance tellurique. Pensé comme un album de contrastes, In Verses semble avoir été façonné dans une volonté claire : déconstruire la violence sonore habituelle du groupe pour la réinjecter sous forme de tensions plus subtiles, plus émotionnelles. Le quatuor australien y affine son écriture, privilégiant les textures, les silences et les montées progressives, dans une œuvre qui se révèle pleinement à l’écoute répétée.
Une genèse tournée vers l’intime et l’expérimentation
Dès les premières notes de Ghost, l’auditeur est happé par une atmosphère lourde, presque spectrale, où les riffs étouffés dialoguent avec une rythmique millimétrée. Le groupe pose d’emblée les bases d’un album profondément introspectif, marqué par une production ample et organique, laissant respirer chaque instrument tout en conservant une tension permanente.
Entre identité, contrôle et renaissance
Sur le plan thématique, In Verses s’articule autour de notions chères à Karnivool : la perte de repères, la lutte intérieure et la quête de sens dans un monde fragmenté. Drone et Remote Self Control abordent frontalement l’aliénation moderne, tant sociale que personnelle, portées par des grooves hypnotiques et des structures rythmiques complexes. Les lignes de chant, toujours habitées, oscillent entre fragilité et colère contenue.
À l’inverse, Aozora et Opal offrent des respirations plus aériennes, presque contemplatives. Ces morceaux mettent en lumière la capacité du groupe à manier l’émotion sans artifice, jouant sur des harmonies subtiles et des progressions lentes, où chaque note semble pesée. L’album gagne ainsi en profondeur, alternant moments d’intensité brute et passages plus lumineux, sans jamais rompre son équilibre global.
Titres phares et virtuosité maîtrisée
Parmi les morceaux marquants, Reanimation, avec la participation remarquée de Guthrie Govan à la guitare lead, s’impose comme un sommet technique et émotionnel. Le titre mêle complexité rythmique, envolées guitaristiques ciselées et une montée en puissance parfaitement maîtrisée, illustrant le thème de la renaissance à travers le chaos. Autre moment fort, Animation joue sur des ruptures dynamiques audacieuses, rappelant le goût du groupe pour les structures non conventionnelles.
All It Takes (2025 Remastered Version) s’inscrit quant à lui comme un lien entre passé et présent, revisité avec une production plus dense et une intensité accrue. Enfin, Salva, en clôture, agit comme une catharsis finale : un morceau lent, massif, presque cérémoniel, qui laisse l’auditeur suspendu dans un dernier souffle de tension émotionnelle.
Conclusion : Karnivool au sommet de sa maturité
Avec In Verses, Karnivool signe un album exigeant, dense et profondément humain. Loin de toute démonstration gratuite, le groupe privilégie l’émotion, la nuance et la cohérence artistique, livrant une œuvre qui s’inscrit dans la durée. Un disque qui ne cherche pas l’impact immédiat, mais récompense l’écoute attentive, confirmant une fois de plus Karnivool comme l’un des piliers du metal progressif moderne.

