Giants & Monsters, HELLOWEEN
29 août 2025 0 Par Chacha
Quarante ans après avoir posé les fondations du power metal, Helloween prouve qu’il n’a rien perdu de sa verve créative. Avec Giants & Monsters, leur dix-septième album studio, les citrouilles de Hambourg signent un retour aussi ambitieux qu’inspiré. Succédant au très attendu Helloween de 2021, qui marquait la réunion historique du line-up élargi “Pumpkins United”, ce nouvel opus arrive auréolé d’une attente immense. Entre fidélité à leur héritage épique et volonté d’explorer de nouvelles nuances, Helloween livre une œuvre foisonnante où se croisent vitesse, mélodie, émotion et grandeur. Plus qu’un simple disque anniversaire, Giants & Monsters s’affirme comme une déclaration de puissance et de vitalité d’un groupe qui refuse de se reposer sur sa légende.
Visuel & imagerie
Pochette : fidèle à la tradition des Pumpkins, l’artwork mélange fantastique et surréalisme, avec des figures géantes et monstrueuses dans un décor quasi mythologique. On y retrouve la patte d’Helloween : couleurs vives, accent cartoon/fantasy, mais avec une ambiance plus sombre et céleste que sur leurs précédents albums.
Symbolique : les géants et monstres représentent à la fois des figures mythologiques mais aussi les forces intérieures (ego, peur, ambition, folie) que le groupe transpose en musique. L’univers visuel reste une extension directe de la dualité humour/dark fantasy qui définit Helloween depuis les années 80.
Scène et clips : les vidéos (This Is Tokyo, Universe) prolongent ce côté théâtral, jouant sur des contrastes pop-culture (néons japonais, voyage cosmique) et un certain kitsch assumé, rendant hommage à la fois à l’imaginaire manga et à la SF classique.
Technique & production
Production : mixée aux Wisseloord Studios par Charlie Bauerfeind et Dennis Ward, la qualité sonore est cristalline et explosive. Chaque instrument occupe son espace avec précision :
Guitares : riffs incisifs, soli très fluides, souvent en duel (Weikath/Hansen ou Gerstner). Les arrangements privilégient à la fois la vélocité du speed metal et des couches harmoniques riches proches du prog.
Batterie : Dani Löble apporte une puissance métronomique, alliant rapidité typique du power metal à des passages plus aérés, parfois syncopés.
Chant : la superposition des trois voix (Kiske – cristal, Deris – rugueux, Hansen – old-school) est un atout unique. Certaines pistes (We Can Be Gods, Majestic) utilisent cette triple interaction presque comme un instrument à part entière.
Orchestration & claviers : plus mis en avant que sur l’album de 2021, renforçant les ambiances épiques et spatiales. On retrouve des nappes proches de la musique de film dans Into the Sun ou Majestic.
Thématiques & textes
L’album développe un éventail de thèmes, oscillant entre introspection et fresques épiques :
Héroïsme & lutte intérieure :
Giants on the Run et Savior of the World parlent de destin, d’affrontement contre les forces écrasantes de la vie (les « géants »). Métaphores fréquentes sur le courage, l’union et la transcendance.
Spiritualité & cosmologie :
Universe (Gravity for Hearts) et Majestic explorent la place de l’homme dans le cosmos, avec un ton presque philosophique. La gravité, le soleil, l’espace servent d’images à l’amour, la fraternité et le dépassement de soi.
Identité & appartenance :
This Is Tokyo rend hommage au Japon, à la fois comme pays et comme métaphore d’un lieu où l’on se sent « chez soi ». Une réflexion sur la relation entre Helloween et son public, leur ancrage culturel et émotionnel.
Dualité et symbolisme du titre :
Les “Giants” = ce qui écrase, les pressions de la vie, mais aussi l’ambition et la grandeur.
Les “Monsters” = nos démons intérieurs, la part sombre, l’ego, la peur.
L’album joue sur cette opposition permanente, tantôt épique, tantôt introspective.
Les titres phares
L’album s’ouvre sur Giants on the Run, un morceau fulgurant qui replonge directement dans l’énergie speed/power des grandes heures de Helloween. On retrouve ce même souffle héroïque avec Savior of the World, emmené par la voix lumineuse de Michael Kiske, qui rappelle l’époque Keeper of the Seven Keys.
La force du disque réside aussi dans la complémentarité des voix. We Can Be Gods en est l’exemple parfait, réunissant Deris, Kiske et Hansen dans un hymne fédérateur, tandis que Into the Sun propose une ballade puissante et émotive, portée par un duo vocal intense et des arrangements riches en piano et guitares.
Plus direct et accrocheur, This Is Tokyo se pose comme l’hymne festif du disque, taillé pour la scène et clin d’œil au lien particulier du groupe avec le Japon. Enfin, l’épopée Majestic, longue de plus de 8 minutes, clôt en apothéose : un voyage musical où riffs, soli et envolées vocales se succèdent dans une fresque épique. À l’opposé, Universe (Gravity for Hearts) apporte une respiration atmosphérique et contemplative, équilibrant l’ensemble.
En somme, ces titres phares illustrent la diversité de Giants & Monsters : rapides, épiques, émouvants ou festifs, ils démontrent la maturité d’un groupe capable de mélanger nostalgie et modernité.
Verdict
Giants & Monsters confirme que Helloween n’est pas simplement un monument figé du power metal, mais un groupe capable de se réinventer tout en restant fidèle à son ADN. Avec des compositions ambitieuses, une production impeccable et la synergie unique de ses trois chanteurs, l’album réussit à conjuguer énergie brute et émotion, puissance et subtilité. Quarante ans après leurs débuts, les citrouilles démontrent qu’elles ont encore beaucoup à dire — et surtout à faire vibrer. Cet opus s’impose déjà comme un jalon marquant de leur discographie, à la fois hommage à leur héritage et promesse d’un avenir toujours flamboyant.